• الإربعاء5 رمضان

    صحى فطوركم

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    Ce sont deux heures de haute spiritualité que nous aurons passées en compagnie de cheikh Khaled Bentounès, que nous avons eu le plaisir de recevoir dimanche dernier à la rédaction d’El Watan. Au-delà des aspects polémiques suscités par l’homme et ses positions sur telle ou telle question relative aux choses de la religion, lui qui s’est imposé comme ligne de conduite de concilier tradition et modernité, mystique et maïeutique envers et contre tout, il nous semble que la parole d’une personnalité comme le chef de la tarîqa alawiya est très utile au débat sur la place de la religion dans notre société. Depuis la tenue du colloque de la alawiya du 25 au 31 juillet dernier, colloque qui était le « clou » de de la célébration du centenaire de la tarîqa alawiya, les réactions s’enchaînent sur les opinions hardies exprimées au cours de cet important rendez-vous spirituel et scientifique. Il nous a paru pertinent de revenir avec plus de détails et, surtout, plus de sérénité, sur ce colloque et de développer avec cette illustre personnalité intellectuelle, quelques-unes des idées-force de la pensée soufie.



    L’événement de cet été, pour votre confrérie, a été la célébration du centenaire de la tarîqa alawiya et le colloque qui l’accompagnait. Etes-vous satisfait, cheikh Bentounès, du déroulement des travaux de ce colloque ? Quel bilan pourriez-vous en esquisser ?

    Satisfait, oui, je le suis. C’est un colloque qui a tout de même rassemblé 6500 personnes. C’est un chiffre sûr, on le sait, parce qu’il y avait des badges et des bracelets qui ont été confectionnés à l’intention des participants. On le sait également par le nombre de repas qu’on a servis. Donc, c’est quelque chose qui est avéré. On est arrivés exactement à 6562 participants venus de 38 pays. Ce qu’il y a lieu de retenir, c’est que ce colloque s’est déroulé dans le calme et la sérénité, dans un climat détendu. Les gens qui sont venus ont vu un Islam d’espérance, comme on le souhaitait. Le débat était ouvert, les échanges se sont faits à tous les niveaux, du plus subtil au plus banal. Il y a eu 35 ateliers autour de thèmes dont on ne pouvait même pas imaginer qu’une zaouïa pouvait les aborder. Des thèmes comme « La thérapie de l’âme », par exemple, qui a attiré énormément de monde, ou encore le thème « Management, éthique et tradition », c’est-à-dire comment une voie soufie peut mêler spiritualité et management.

    Bien que de haute facture, ce colloque vous a valu quelques attaques malveillantes de la part aussi bien de certaines figures des milieux confrériques que de partis islamistes (El Islah en particulier), du Haut-Conseil islamique (HCI) et des ulémas. Ces critiques ont porté principalement sur deux points : vos déclarations sur le hidjab et les miniatures illustrant votre dernier ouvrage, Soufisme, l’héritage commun. Qu’aimeriez-vous répondre à vos détracteurs ?

    J’aimerais leur dire d’abord que la moindre des choses aurait été de lire mon livre avant de l’accabler. Comme le dit l’adage, on ne peut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. C’est aussi l’arbre qui cache la forêt. Ce qu’on ne souhaite pas divulguer, surtout, c’est autre chose que les miniatures. Il y a des photos du patrimoine musulman qui font partie de cette mémoire de l’héritage islamique comme le tombeau de Sayida Khadidja, la mère des croyants, ou la maison du Prophète (Que Le Salut d’Allah soit sur Lui) dans laquelle il a vécu à La Mecque avec Sayida Khadidja, ou encore le lieu où fut conclu le premier serment des gens de Médine envers le Prophète, qui s’appelle Bayâte al Aqaba, ainsi que les tombes des martyrs des batailles de Badr et de Ouhoud qui ont été détruites. Au total, il y a dans cet ouvrage quelque 844 documents.

    Par qui ce patrimoine a-t-il été détruit ?

    Et pourquoi surtout... Nous assistons à une mainmise sur l’histoire de l’Islam effaçant la mémoire de tout ce qu’il y avait avant. Ces gens qui s’en sont pris à mon livre, ils l’ont condamné, c’est différent. Entre critiquer et condamner, il y a une différence. En s’appuyant sur quoi ? Sur des fetwas de quels oulémas ? Ce sont des oulémas qui préconisent la destruction du tombeau du Prophète lui-même et qui jusqu’à aujourd’hui disent : n’allez pas à Médine. Et on prend ces fetwas-là alors que nous avons nos propres oulémas, nos propres traditions. L’Islam maghrébin est un Islam d’ouverture et de dialogue.

    Par exemple, sur cette Une d’El Khabar Hebdo, Mohamed Ben Brika de la tarîqa qadiriya vous prend à partie en disant « Khaled Bentounès a porté atteinte à la personne du Prophète »…

    Mais il reconnaît aussi n’avoir pas lu le livre. Au demeurant, il ne représente que lui-même. Les gens sont beaucoup plus nuancés que cela. Et puis, il y a eu un amalgame qui a été fait par certains entre « miniatures » et « caricatures »… Le premier article paru présentait les choses comme cela. Mais les caricatures, c’est quelque chose qui a stigmatisé l’Islam… C’est humoristique, certes, mais c’est aussi une façon de se moquer d’autrui. Mais les miniatures, il suffit d’aller sur internet et de taper « miniatures musulmanes » pour voir surgir des milliers d’œuvres. Dans ce cas-là, il faudrait aussi faire un procès au musée de Topkapi d’Istanbul. A Kaboul, on a détruit des miniatures alors que l’école de Kaboul a été la première école de miniatures dans le monde musulman et que l’Islam a pénétré l’Asie grâce aux miniatures. Où va-t-on comme cela ? C’est l’Islam de ces gens-là qui est une caricature. Moi je ne leur réponds rien, je leur dis merci et je vais me préparer au bûcher parce que vous n’avez encore rien vu…

    Vous auriez déclaré que le hidjab n’est pas une obligation religieuse. Pourriez-vous clarifier cette réflexion ?

    Moi je suis contre le hidjab qui est dans la tête, pas sur la tête. Enlevez le hidjab, vous êtes en train de lier un habit à la foi, c’est dangereux. Parce que d’abord, le hidjab, chez nous, existait déjà. Il était de l’ordre de la culture locale. En Kabylie, il y avait une façon de le porter ; à Mostaganem, il y avait une autre façon de le mettre ; dans le Sud, c’est carrément l’homme qui le porte, c’est le taguemoust ou le litham. En Iran, c’est le tchador. A Oman, c’est le niqab. Et c’est la m’rama en Tunisie, la djellaba au Maroc, le boubou au Sénégal et en Afrique du Sahel, le sari chez la musulmane indienne. Ces gens-là croient que l’Islam est à leur niveau. Ce qu’ils voient autour d’eux, c’est ça l’Islam, un modèle unique. Qui, parmi les femmes du Prophète, a porté le hidjab que portent nos filles aujourd’hui ? Il faut savoir qu’il y a une historicité du hidjab, il y a un contexte de révélation. Avant tout, éduquez la femme parce que le meilleur des comportements et le meilleur des vêtements, c’est la pudeur, que ce soit pour l’homme ou pour la femme. Je ne vois pas pourquoi on autorise l’homme à porter ce qu’il veut et pas la femme. Il y a un conditionnement par la force. Au lieu de nous occuper des questions fondamentales dans un monde en proie à des crises financière, climatique, alimentaire, à une crise de sens, au lieu de se préparer aux défis de demain, au lieu d’être des sociétés de proposition, nous sommes constamment dans le déni, retranchés derrière des arguments étriqués en jetant la pierre à l’Occident. Jusqu’à quand ? Ce langage ne tient pas la route. Et moi, si je dérange, eh bien, je dérange ! Tant pis ! Mais je continuerai à tenir ce discours, quoique j’aie assez payé pour cela. Mon père est allé en prison à cause de cela.

    Pensez-vous que le wahhabisme va continuer à faire des dégâts au sein de notre société ? Comment les zaouïas pourraient-elles contribuer à contrer cette mouvance ?

    C’est le travail de toute la société, ce n’est pas l’affaire exclusive des zaouïas. Il faut que notre société prenne conscience de ces enjeux et qu’elle apprenne à être responsable. Les Algériens, moi, je ne les prends pas pour des débiles, des imbéciles ou des mineurs. L’âme algérienne est une âme rebelle. C’est une âme mystique. L’Algérien vous donne tout. Je connais mon peuple, oui, il est perfide, mais c’est parce qu’on a toujours joué avec lui, on n’a jamais été sincère avec lui. Mais quand on est sincère, le peuple vous donne tout ce qu’il possède.

    Votre engagement résolu en faveur d’un Islam d’ouverture, conciliant tradition et modernité, vous vaut, nous le disions, de franches inimitiés de la part des milieux conservateurs. Concrètement, comment entendez-vous avoir raison de ces « résistances » ?

    Nous sommes obligés de faire un constat : si nous maintenons cette situation où chacun baisse les bras, où chacun se laisse faire, où l’élite intellectuelle, politique, économique de ce pays fait dans le « chacun pour soi », on ne s’en sortira pas. Si ce congrès international (de la tarîqa alawiya) a réussi, c’est parce qu’il était mené avec méthodologie et un travail de fond. C’est parce que nous avions une vision. Accueillir 6500 personnes n’était pas une mince affaire, mais on l’a fait à travers une organisation judicieuse, inspirée de nos traditions. Le Prophète lui-même s’était illustré par sa gestion du temps. Qui se préoccupe aujourd’hui de la gestion du temps dans le monde musulman ? L’islam, c’est la religion de la logique et du bon sens. C’est avant tout une affaire de akhlaq (morale). « J’ai été envoyé pour anoblir les caractères », disait le Prophète. Cela veut dire que, avant moi, il n’y avait pas le vide et qu’il s’agit simplement de parfaire les choses. Le Prophète n’a jamais prétendu faire table rase de la société qoraïchite ni de la société arabe qu’il avait trouvées. Il s’habillait comme les Arabes de son époque, il mangeait comme les Arabes de son époque, il avait même les coutumes et les mœurs de son époque. Mais de ces Arabes est sorti un message extraordinaire qui, en 70 ans, est arrivé jusqu’en Europe. Jusqu’à Poitiers, en France. Et de l’autre côté, jusqu’aux océans Indien et Pacifique. Il n’y avait pas les moyens actuels. Comment neuf personnes ont-elles répandu l’Islam en Indonésie ? C’était des saints soufis. Aujourd’hui, c’est le plus grand Etat musulman du monde avec 225 millions d’âmes. Jamais aucun Sahabi (compagnon du Prophète) n’est allé en Indonésie. Ils sont venus avec la tarîqa qadiriya et,surtout, avec l’amour du prochain. Ils ont simplement dialogué avec les gens jusqu’à les convaincre. De voir dans la grande mosquée de Djakarta qui est la plus grande mosquée du monde avec 10 hectares, qui accueille 125 000 priants et priantes, de voir donc l’imam au milieu, à droite les hommes, à gauche les femmes, sur la même ligne, permettez-moi de vous dire que ça impressionne. On voit que les Indonésiens et les Asiatiques ont compris et que les pays arabes n’ont toujours pas compris et qu’ils parlent encore de ceci et de cela… L’islam a donné des multitudes de Rabia Al Adawiya, des femmes avec une spiritualité extraordinaire. Un jour, on a vu Rabia Al Adawiya courant dans le désert avec un fagot sous le bras et un sceau sur le dos. On lui a dit : « Mais où est-ce que tu vas avec ça ? » Elle a dit : « Je vais avec ce fagot de bois brûler le Paradis, et avec ce sceau d’eau éteindre l’enfer, ceci afin que plus personne n’adore Dieu par crainte ni par désir du Paradis, mais uniquement par amour de Dieu. » Moi je conseille au ministre des Affaires religieuses de rajouter au passeport un petit calepin de pointage pour consigner qui va à la mosquée le vendredi, comme ça au moins, on aurait un petit bonus. Je demanderais pareillement à nos frères saoudiens de consigner combien de fois ils ont fait le hadj et la omra. C’est un investissement, le pèlerinage coûte cher. Au moins, quand on nous enterre, on nous met ça dans la tombe pour le âdab el qabr (le supplice du sépulcre). Quand les anges viendront, on leur montrera le passeport comme quoi j’ai 1200 djoumouâ dans mon pedigree, j’ai tant de hadj... Je sais que pour ce que je dis là, ils vont me dresser un bûcher comme au temps de l’Inquisition (rires)…
     

    Qu’est-ce que c’est qu’être soufi aujourd’hui, en définitive, cheikh Bentounès, au XXIe siècle ?

    Moi je pense qu’être soufi au XXIe siècle, c’est être véritablement citoyen du monde. C’est ne se référer ni à la nationalité, ni à la race, ni même à la religion. C’est prêcher cette fraternité adamique. Quand vous prenez un chapelet, le chapelet est fait de grains. Nous ne faisons jamais attention au fait que ces graines sont reliées entre elles par un fil et ce fil, on ne le voit pas. Le soufi, aujourd’hui, doit être le fil de notre société qui unit les différentes gens. Et cela nécessite un travail sur soi. D’abord, mêle-toi de tes affaires au lieu de te mêler des affaires des autres. Et aussi introduire la sacralité dans notre vie. Et la miséricorde car le chemin mohamadien est un chemin de miséricorde.

    Que diriez-vous du rapport entre soufisme et politique et de la place du soufi dans la cité, des questions relatives au pouvoir…Le soufi doit-il se mêler de politique ?

    La politique fait partie de la société humaine. Le soufi ne doit pas pratiquer la politique politicienne, qui est la politique du mensonge. Nous avons toujours dit qu’il n’y a pas de lien politique entre nous. Ce sont d’autres liens qui nous unissent, des liens de fraternité. Que vous soyez de ce parti ou de cet autre parti, cela ne regarde que vous.

    Vous confirmez que la alawiya est apolitique...

    Elle doit l’être. Les zaouïas doivent se conformer à ce principe. Cela n’empêche pas que les soufis sont des citoyens ; ils doivent jouer leur rôle en votant, en décidant, mais pas au nom d’une tarîqa. Même moi, je n’ai pas le droit d’engager la tarîqa. Pourquoi ? Parce que les partis changent. Même le parti communiste qui a occupé la moitié de la Terre a disparu. L’Union soviétique, où est-ce qu’elle est aujourd’hui ? Mais la voie de Dieu, elle, reste. Elle restera éternellement. Les zaouïas sont des espaces de dialogue, des espaces qui doivent être là pour la moussalaha (conciliation). Chacun a le droit d’aller dans une zaouïa, même un athée. C’est chez lui. La zaouïa, c’est la maison de Dieu pour toutes les créatures de Dieu. On ne peut pas dire à quelqu’un qui vient dans une zaouïa « tu n’es pas de mon parti » ou bien « tu n’es pas de ma tarîqa » ou « tu n’es pas de ma religion »... C’est inadmissible !

    D’où le titre de votre livre, La Fraternité en héritage…

    Eh bien, c’est tout ce que m’a laissé mon père ! Il est mort à 47 ans dans l’humiliation. On l’a mis sous terre dans un cachot de deux mètres carrés, on a confisqué tous les biens de la zaouïa, on a brûlé des centaines de livres, mais al hamdou lillah, cela nous a rendus encore plus forts par le fait même que cela nous a rendus plus proches de ceux qui souffrent. Moi je ne veux régler mes comptes avec personne. Tout ce que je dénonce, c’est la bêtise d’où qu’elle vienne, des juifs, des chrétiens, des Américains, des Chinois, qu’elle vienne de mes propres frères… La bêtise humaine, y’en a marre ! Arrêtons de jouer à ce jeu malsain des intérêts en opposant les uns aux autres par le religieux, par l’affectif, et en surfant sur la sensibilité des gens avec l’émotionnel. Arrêtons cette religiosité théâtrale. Moi je suis pour une éducation d’éveil et de responsabilité. Que ce soit en Occident ou ailleurs, c’est la pensée soufie qui triomphe parce qu’elle est avant-gardiste, qu’on le veuille ou pas. Parce qu’elle prêche la tolérance, parce qu’elle ne porte pas de jugement sur les autres. Elle accepte les gens tels qu’ils sont. La première chose qu’elle nous apprend, c’est d’accepter l’autre tel qu’il est. Parce qu’elle est une créature de Dieu et que Dieu a anobli les fils d’Adam : « Wa lakad karamna bani Adam. » (Et nous avons anobli les enfants d’Adam). Ce n’est pas par la contrainte qu’on convertit les gens, « la ikraha fi dine ». Point de contrainte en religion. Imposer une religion, c’est complètement débile. Ou alors il faut enlever tous ces versets coraniques. On nous parle de l’Etat islamique et on nous dit : « Le Coran c’est le doustour. » (Le Coran est la Constitution). Quel doustour ! La constitution change et évolue par rapport à la société. Comment faire du Coran une Constitution ? C’est quoi cette fable ? Pour anesthésier les gens avec Le Livre de Dieu ? Le Coran est une lumière. Il ne peut pas être le doustour de qui que ce soit. Il n’est l’apanage de personne, ni d’un prince, ni d’un roi, ni d’un président, ni d’un clan, ni d’une école. C’est Le Livre de Dieu.

    Que pensez-vous du courant dit « coraniste » qui renie la charia et dont le frère de Hassan El Banna est l’une des figures de proue en Egypte ?

    Nous, Ahl al Sunna wal Jamaâ, nous avons un patrimoine inestimable. Moi, quand je lis la charia, je l’interprète comme une voie extraordinaire d’ouverture. Hélas, à partir d’une certaine époque, il y a eu un rétrécissement des esprits dans le monde musulman. Savez-vous qu’il y avait 52 écoles de pensée et de fiqh à Baghdad ? Il n’en reste plus que quatre et bientôt, même ces quatre, elles vont disparaître et il ne restera plus que la doctrine wahhabite. On aura ainsi atteint le sommet de l’abrutissement généralisé. Aujourd’hui, ces gens nient la philosophie alors que la philosophie grecque est passée en Occident grâce aux musulmans. Mais n’oubliez pas que c’est l’Inquisition qui a amené la Renaissance...
     

    Dates

    - 1949 : Naissance de Khaled Adlen Bentounès à Mostaganem.
    - 1962, le 5 juillet : Le jeune Khaled Bentounès est désigné pour hisser le drapeau national le jour de l’indépendance dans sa ville natale. Le jeune garçon reçoit d’abord un enseignement traditionnel dans la zaouïa familiale avant de partir en Europe étudier l’histoire et le droit.
    - 1971 : Son père, El Hadj El Mahdi Bentounès, est assigné à résidence à Jijel après avoir été emprisonné.
    - 1975, le 24 avril : Décès de son père à l’âge de 47 ans. Khaled Bentounès vivait alors en Europe où il était dans le prêt-à-porter. Il délaisse son affaire et devient le 4e guide de la confrérie alawiya après le cheikh Ahmed Benalioua, fondateur de la tarîqa (1869-1934), le cheikh Adda Bentounès, son grand-père (1898-1952), et son père El Mahdi Bentounès (1928-1975).
    - 1989 : Le cheikh Bentounès est reçu au Vatican par le pape Jean-Paul II.
    - 1991 : Il crée l’association des Scouts musulmans de France.
    - 1999 : Il crée l’association Terres d’Europe qui va organiser avec l’Unesco un colloque sur le thème « Pour un Islam de paix ».
    - 2001 : Khaled Bentounès lance un cycle intitulé « Thérapie de l’âme ».
    - 2003 : Il est membre fondateur du Conseil français du culte musulman. Il crée à Mostaganem la fondation Janatu El Arif - Centre méditerranéen pour le développement durable. Parmi ses nombreux ouvrages : Soufisme cœur de l’Islam (La table Ronde, 1996), L’homme intérieur à la lumière du Coran (Albin Michel, 1998). Vient de paraître : La Fraternité en héritage (Albin Michel, 2009) et Soufisme, l’héritage commun (ed. Zaki Bouzid, 2009).




    Source:El Watan

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  • A l’autre bout du fil, Romaïssa, que l’on appelle désormais «Romy» à Paris, me parle. «Merci», articule-t-elle sans difficultés. Elle vient d’obtenir une prise en charge d’une année sous forme d’aide médicale de l’Etat.

    Samia est cet ange algérien volant au-dessus de la Seine pour venir au secours de tous les Algériens en détresse, et notamment ceux frappés par les maladies graves, avec un penchant pour les bambins qui, contre vents et marées, se battent chez nous pour survivre ! Dans notre pays, dominé par des gens qui oublient qu’ils ont des médecins et des structures sanitaires de qualité ici et qui s’en vont «là-bas» pour se soigner une dent aux frais de la princesse, dans ce pays où le brave Boumediene a choisi de mourir dans un pavillon de l’hôpital Mustapha-Pacha, alors que tous ses successeurs sont partis à l’étranger pour se soigner ; dans ce pays qui n’en finit pas de crouler sous le poids de la misère humaine, des gosses frappés par des maladies rares, voire très rares, meurent en silence !

    «L’hôpital a décidé de la sortir»

    Samia a lu l’appel de la mère de Romaïssa, une petite Chélifienne courageuse comme il y en tant dans ces contrées où l’on apprend à vivoter dès son jeune ; Samia a réagi avec sa passion coutumière, elle et d’autres concitoyens de Paris, habitués à venir en aide aux jeunes malades algériens. Dès qu’elle a pris connaissance du cas de Romaïssa qui venait d’obtenir sa prise en charge pour l’opération délicate de «déconnexion d’une moitié du cerveau», — seule chirurgie connue pour alléger les souffrances du patient et arrêter une lente et inexorable dégénérescence de tous les membres avec perte de la parole —, elle se mobilisa nuit et jour. En effet, répondant à l’appel de Nadia, la maman de Romaïssa, le ministre du Travail et le directeur général de la Cnas ont donné des instructions fermes pour que la prise en charge de la patiente soit effectuée dans les meilleurs délais et les meilleures conditions. Seulement, pour la rééducation postopératoire que l’on ne peut effectuer chez nous (cette maladie est très rare : on compte seulement 35 cas depuis 1987), les choses ont évolué
    autrement. Il n’y avait personne pour écouter les pleurs de Nadia et de sa petite fille : nos administrations, déjà inhumaines, sombrent totalement dans le coma durant l’été ! Quant à l’hôpital parisien où la petite a été opérée, que l’on nous permette de douter de l’humanité de ceux, parmi ses dirigeants, qui sont restés en poste. En l’absence des professeurs ayant opéré la petite et dont on dit qu’ils sont d’une générosité exemplaire, certains bureaucrates n’ont pas trouvé mieux que de chasser Romaïssa, sans aucune autre forme de procès ! Samia témoigne : «L'hôpital a décidé de la sortir, nous l'avons fait vers 18h 30 mais à peine arrivée à la maison que les vomissements ont commencé ! J’ai appelé le Samu : elle a été évacuée vers l'hôpital Rothschild.

    "Romaïssa est pourtant algérienne à 100 % "

    Il faut dire que Samia est une battante comme on en connaît peu. Tous les jours, elle sillonne Paris et sa banlieue, sensibilisant les mairies, les associations, les partis, etc. Alors que la maman de Romaïssa rentre à Alger pour frapper – sans résultat ! — à toutes les portes, Samia ne se décourage pas. On ne va pas laisser tomber la petite Chélifienne en si bon chemin ! D’autres Algériens et un Français – le brave Georges Londiche, qu’il m’excuse de froisser sa
    modestie légendaire – inondent la France et le monde de messages de sensibilisation. Sans résultat ! Et puis, découragée, peinée de voir une si belle œuvre de solidarité mal finir, Samia s’isole chez elle et là, elle se dit : «Je vais tenter le tout pour le tout !» Elle écrit alors une lettre émouvante à la sécurité sociale française qu’elle fait signer par Nadia. Il y a deux jours, alors que je contemplais le ciel richement étoile de mes hautes plaines madauriennes, me demandant pourquoi, là haut, certaines prières étaient prises en considération et pas d’autres, une sonnerie de portable me réveille de mes rêveries nocturnes. J’étais en train de penser à la petite Romaïssa, surgissant de l’anesthésie opératoire, trouvant le courage de parler pour nous demander : «Priez pour moi !» Au bout du fil, Samia avait les larmes dans la voix. Mais des larmes de joie. De bonheur. «Maâmar ! Romaïssa a obtenu une prise en charge d’une année ! Une année pour se rétablir complètement ! Nous avons réussi !» Je ne sais si c’était de la poussière d’étoile me tombant dans les yeux où si c’était le faute à ce vent qui faisait lever les restes d’une moisson généreuse, mais j’ai senti une larme couler sur mes joues. Je pensais à Nadia, à mes amis chélifiens, avec à leur tête Boudia et Mejdoub, poètes qui tissent des arc-en-ciel d’amour et de solidarité dans la hideur de la cité régurgitée par la grande El- Asnam, sorte de bouillon de culture de n’importe quoi, fauchant les arbres et bâtissant la grisaille à grands coups de milliards. Samia parlait. J’écoutais le vent siffler au ras des bouts de pailles épargnées par la moissonneuse. J’écoutais la voix profonde de mon pays fredonner un vieil air chaoui chahuté par le tir d’un baroud. Un mariage fête les retrouvailles avec la vie dans ces contrées où la musique était interdite. Comme à Chlef. Samia parlait : «Romy, c’est ainsi que l’appellent les médecins parisiens, bénéficie désormais d'une aide médicale d'Etat pour une année qui sera bien sûr renouvelable après. Maintenant, on va se battre pour l'attestation de séjour, ce n’est pas facile avec la préfecture mais nous allons continuer à nous battre !» Nous avons gagné ! Totalement gagné ! Merci à l’Etat algérien d’avoir pris en charge l’opération chirurgicale et merci à l’Etat français d’en avoir fait autant pour la rééducation. Romaïssa est pourtant algérienne à 100% !

    «Yes ! We can…»

    Mais l’essentiel est que nous avons gagné, contre vents et marées, tous ensemble. Vous verrez, si nous sommes encore de ce monde, on ira faire une grande fête à Chlef et j’invite d’ores et déjà Romy, ses parents (son père est un grand malade), Boudia, Mejdoub, Samia, Khedidja, notre correspondante à Paris, qui a réveillé les consciences, Georges et nos amis de là-bas à venir ici, sous le ciel étoilé de mes hautes plaines, pour fêter la victoire des faibles et des opprimés contre la grande machine de l’indifférence et de la marginalisation ! Je termine par ces mots de Romaïssa – que j’ai pu avoir hier au téléphone. Samia l’a invitée ainsi que sa maman et d’autres amis à un grand couscous pour fêter – déjà — cette victoire ! La petite parlait ! Elle m’a dit de sa voix suave : «Merci !» A travers moi, elle s’adressait à vous tous, amis lecteurs. Je sais que vous n’avez jamais douté de l’issue de cette extraordinaire aventure humaine dès le moment où vous avez lu mon premier appel intitulé
    : «Yes ! We can…»

    Source:Le Soir d'Algérie

    Lire aussi l'article du 6 juin2009 sur le blog.

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  • Quartier Teisseire à Grenoble










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  • Interception, course-poursuite, arrestation et présentation devant le parquet. C’est à cela que se résume la politique du gouvernement pour gérer le phénomène des harragas, mettant face à face les garde-côtes et les téméraires candidats à l’aventure maritime pour rejoindre les côtes sud-européennes.

    Depuis la conférence nationale de la jeunesse, en 2007, et le discours du président Bouteflika appelant les jeunes à rester au pays, parallèlement à l’instruction du gouvernement d’apporter des réponses aux préoccupations des jeunes, la gestion du phénomène s’est limitée aux aspects sécuritaire et judiciaire, alors que la harga s’est amplifiée malgré les sanctions pénales prononcées à l’encontre des harragas.

    “Je préfère être mangé par les poissons que de rester ici”, avait déclaré un harraga rescapé, il y a deux ans. Aujourd’hui, cette volonté s’est accentuée avec le dernier incident lorsqu’une embarcation de clandestins est entrée en collision avec la vedette des garde-côtes.
    “Out of the limit”, passé ce cap suicidaire, le gouvernement et la classe politique ne semblent pas avoir pris la mesure de la gravité de la situation. À ce “point de non-retour”, le gouvernement répond par le silence et l’actionnement de la machine judiciaire qui distribue, dans la majorité des cas, des peines de prison avec sursis.

    Est-ce la seule réponse à une jeunesse qui ne trouve d’issue à sa malvie que dans la fuite du pays par tous les moyens au risque de sa vie ou dans la prison ? N’y a-t-il aucune idée de solution au sein du gouvernement ?

    Car quand bien même quelques recettes du “techghil echabab” seraient proposées aux jeunes, concrètement, elles ne sont ni attrayantes ni séduisantes, tant elles soumettent les candidats à l’épreuve de la bureaucratie et de la corruption avant même la naissance de leurs projets. Le Président avait prévenu en 2005 que la corruption représente une sérieuse menace pour la société. Ce constat n’a pas été suivi d’effet ou d’action à même de juguler cette pratique qui gangrène la société.

    Et depuis quand la distribution massive de lignes de transport a-t-elle réglé le problème du chômage ? Quelle est la place des nouveaux diplômés et des universitaires porteurs de projets dans les différents dispositifs d’emploi et de création d’entreprises ?

    Les choses n’ayant pas changé depuis la fameuse conférence nationale, le phénomène a muté en maladie contagieuse qui n’épargne aucune catégorie sociale. Des universitaires, des pères de famille, des chômeurs, jeunes et moins jeunes, des femmes sont tentés par la harga, ce gros risque pour une vie meilleure, ce slogan qui reste collé au PAP (Programme anti-pénurie) de l’époque de l’ouverture de Chadli Bendjedid. Que faire ? Un gouvernement sans aucune vision, et qui gère un phénomène dramatique comme on gère un dossier Ansej qui propose des formules généralistes consistant à accorder des crédits bonifiés, formules reprises d’ailleurs par le ministre aux mille promesses Djamel Ould Abbès.

    À la position du gouvernement qui est assimilée à de l’indifférence, le phénomène s’est établi comme une alternative viable pour les jeunes défiant ainsi les lois de la nature et celles du pays. Les cas de récidive en sont une preuve supplémentaire. D’ailleurs, à peine sortis des tribunaux, la plupart des harragas déclarent avoir décidé de retenter l’aventure jusqu’à aboutir ou périr. Parce que le gouvernement est incapable de vision et d’imagination pour trouver une solution et mettre fin au phénomène et se contente de constats, d’analyses superficielles ; certains responsables politiques sont allés jusqu’à traiter les harragas d’antipatriotes franchissant un nouveau pas dans le mépris envers le peuple, cette attitude qui est à l’origine du fossé entre gouvernants et gouvernés et de leur méfiance mutuelle.


    Source:Liberté



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